J'ai erré sans but pendant longtemps. J'ai vu des époques naîtrent et mourir successivement, laissant chacune une héritière moins paisible que la précédente. Je crains le pire. Chaque paix entraîne des guerres plus violentes encore que ses antérieures. Je ne suis qu'une ombre attendant un appel de ces créatures si particulières : les sorciers.
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Les ténèbres ont envahi le ciel, la foudre frappe a en ouvrir la terre. L'averse trempe la jeune fille jusqu'aux os. Elle n'a pas le choix, les chasseurs sont derrière elle. Elle court à toutes jambes, son c½ur bat la chamade. Tous les artifices nécessaires à la traque sont derrière elle. Les fourches et les croix la poursuivent dans un tintamarre macabre. Les manières des hommes qui sont sur sa trace rappellent celles d'une meute de chien sur une piste de sang frais. Elle voit un bosquet et s'y terre en suppliant les esprits de lui laisser la vie. Le groupe la distance en croyant être sur la bonne piste tandis qu'elle se cache sous les racines d'une énorme souche. La donzelle a échappé belle. Elle attend que les bruits chaotiques des traqueurs disparaissent avec leurs armes et leurs prêtres. Avec eux, peut-être, une part de sa peur.
Elle sort quelques heures plus tard. L'orage avait cessé ses ravages depuis longtemps. Elle fait quelques pas et titube sous la torpeur d'une fatigue qui la poursuivait depuis plusieurs jours. La pleine lune éclaire l'endroit d'un éclat bleuté. La jouvencelle se laisse tomber à genou au bord d'un gué. Elle y trempe ses doigts engourdis de froid et recueille de l'eau dans ses mains pour y boire goulûment. Elle nettoie son visage des traces évidentes de son incarcération. Elle regarde sa figure et ne voit point ce que les autres voient en elle : une sorcière. Ses cheveux ailes de corbeau tombe en cascade dans son dos pour venir lui flatter la taille. Ils l'encadrent d'une aura caressante et amoureuse. Ses yeux indigo évoquent une mer profonde et sans fond. Autrefois, sa peau pâle et ses lèvres voluptueuses n'avaient jamais attiré de reproches, mais elle était tombée amoureuse d'un sorcier...
* * *
La rumeur de ses amours avait été répandue. Les holocaustes envers les « nécromanciens » avaient commencés il y a belle lurette. D'après elle, ce n'est que vilenie. Il suffit de savoir comment faire un mélange devant soulagé les douleurs pour être accusé de diableries. Elle chuchota quelques mots à l'intention de feu son amant.
C'est alors que le vent souffle faisant bruisser toutes les feuilles sur son passage. La vision de la jeune fille s'assombrit, elle se retourne vers son refuge et une silhouette jaillit du chenal. L'ombre dégage un effluve de lumière sombre et se sépare du passage liquide. Un visage se défini, des cheveux apparaissent avec leurs boucles aqueuses et deux yeux couleur de gueules1 apparaissent dans les traits plutôt avenants du personnage. Je m'éveille d'une longue léthargie. Je regarde l'impertinente petite créature qui deviendra mon prochain martyr. Elle est belle, certes, mais il reste toujours qu'elle a un air arrogant. Toutefois, elle ne s'est pas aperçue de ma présence.
Je décide d'entamer la conversation avec un de ces bruits si avenant : un énorme cri vampirique...
L'effet fut tout à fait... accablant... La petite ennuyeuse ne s'est même pas retournée... Elle n'ose pas2. Vaguement plus intéressant comme expérience, je décide de déjouer son stratagème. Je plonge dans l'eau, me transforme en ma forme humaine, je relève le menton d'un air hautain et je sors du gué. Je la scrute de mes pénétrants yeux ténébreux et je fais une moue désapprobatrice. J'ai l'air plutôt menaçant dans mes habits de nécromant. Elle contemple fiévreusement les fantômes de mes victimes précédentes. Ces formes blanchâtres gisent par terre, dans les airs, dans les branches des végétaux et son parfois pendues par le cou à des cordes invisibles. Je relève un sourcil de façon arrogante. « On t'a coupé la langue petite vipère » lui dis-je sur un ton venimeux. Elle se retourne, surprise. Elle me regarde avec ses grands yeux sombres d'un air suppliant. Je lui fais voir mes crocs par un sourire carnassier. J'avance d'un pas. Elle en recule de deux.
La petite tremble de peur, elle sait maintenant pourquoi les traqueurs n'avaient pas voulu la suivre. L'ignorante avait marché sur le chemin d'une mort certaine. Personne n'avait échappé au démon. L'incube dévorait le corps et laissait l'âme des mortels sous forme de fantôme. Et lui, c'est moi. Je tends une main vers son cou exquis, son épouvante est telle qu'elle ne peut même plus crier de frayeur. Elle reste figée devant moi, attendant son affreux sort. Je tends ma mâchoire vers sa gorge gracile, prêt à mordre, mais je me ravis.
La jeune fille avait fermé les yeux pour ne pas avoir à soutenir le regard de l'homme dénaturé. Les larmes avaient creusé leur chemin dans son visage. J'approche mon visage du sien et je lui chuchote :
- Je ne t'enlèverai pas la vie petite fleur, mais en échange, tu devras me rendre la mienne. Tâche de ne pas te soustraire à ce nouveau devoir...
La donzelle me contemple avec une infinité de remerciements aux lèvres. Je lui fais signe de se taire et dépose le baiser qui scellera à jamais son destin.
(à suivre)
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1- C'est une sorte de rouge...
2- Cette petite ignorante doit croire qu'il suffit de ne pas croire en ma présence pour me faire disparaître... Pourquoi perdez-vous votre temps a lire mes absurdités, pauvre mortel!